17 December 2017

La vie est trop courte pour rouler dans une voiture fade
faena9

Tout comme chez Ferrari, la berline ne fait pas partie de la culture Lamborghini. Il aurait pu en être tout autrement car l’histoire de la marque au taureau est ponctuée d’études de berlines dont la Faena de Pietro Frua est la plus spectaculaire et la seule roulante. 

Lamborghini_Espada_1968_003

Avant de se spécialiser dans la supra-sportive racoleuse pour footballers, Lamborghini ratissait plus large. Lancée en 1964, la première Lamborghini 350 GT, était, on l’a un peu oublié, une GT traditionnelle à moteur avant que les 400 GT, Islero et Jarama ont prolongé sous des formes plus ou moins différentes jusqu’en 1976. S’y sont ajoutées dès 1966 la Miura, berlinette à moteur central que l’on considère comme la première supercar de l’Histoire, puis en 1968 l’Espada, la “familiale” de la gamme, toujours en deux portes mais plus portée sur le confort et l’habitabilité que les autres. Un quatrième modèle arrive en 1972 avec l’Uracco, une berlinette compacte que l’on peut qualifier de “petite Lambo”. La gamme aurait pu compter un cinquième modèle, une berline, que les aléas de l’Histoire ont constamment écarté.

f267c216140235.562a5e6f10b64

On sait que Feruccio avait commandité dès 1966 une étude de berline à Touring, qui avait déjà signé la 350 GT, avant qu’il ne donne la priorité à l’Espada. Après la Miura, le style Lamborghini est devenu indissociable de la Carrozerria Bertone et du célèbre Marcello Gandini. C’est d’ailleurs Gandini qui couche sur le papier une berline Espada dont Bertone a diffusé le dessin, daté de 1972. Tout aussi basse et expressive que le coupé, l’auto n’aurait eu aucune peine à glaner le titre de plus belle berline du monde tout en donnant le change aux Maserati Quatroporte, Aston Martin Lagonda et Monteverdi 375/4. En 1972, Lamborghni a bien d’autres soucis alors que Feruccio, sentant le vent tourner, cède 50% de ses parts dans l’entreprise. Il se désengage totalement de la société qui l’a fait entrer dans l’Histoire en 1974, moins de dix ans après l’avoir fondée, pour se retirer sur ses terres.

faena_img05

Une troisième proposition, de loin la mieux connue, émane du carrossier Frua. Il s’agit de la Faena, que Pietro Frua présente sur son stand en 1978 au salon de Turin. Basée sur une plate-forme d’Espada – en fait une voiture d’occasion fabriquée en 1970 – l’auto arbore un style cunéiforme dans l’esprit des réalisations du carrossier sur base Citroën SM ou Fiat 130. Le pavillon ne s’élève qu’à 1,19m, à peine 1 cm de plus que l’Espadea. La silhouette à deux volumes hésite entre la berline et le break dans sa partie arrière, généreusement vitrée. Alors que l’Espada déjà âgée d’une décennie a encore des phares circulaires fixes, la Faena fait appel à deux doubles optiques rétractables à la mode des années 1970. Les feux arrière proviennent de la Citroën SM. L’habitacle se couvre de cuir blanc contrastant avec le bleu foncé de la carrosserie. Le V12 3,9l de 350 ch ne change pas.

lamborghini-espada-faena-1978-19_large

Le style très tranchant est dans la culture Lamboghini, tout comme le nom emprunté à la tauromachie. La faena désigne la phase d’excitation du taureau, à l’aide de la muleta, qui précède la mise à mort. On ne peut pourtant s’empêcher de faire le rapprochement avec une autre berline cunéiforme, l’Aston Martin Lagonda de William Towns présentée au salon de Londres 1976. Le résultat, bien que saisissant, ne peut se prévaloir du même équilibre. La Faena paraît trop longue pour une deux volumes. Ses parties avant et arrière presque symétriques semblent vouloir s’affaisser tant est interminable la longueur de l’engin. Pietro Frua avait-il vraiment espoir de vendre un tel dessin à Lamborghini ?

LamborghiniFaena_Bild1

Au-delà de l’aspect esthétique, il ne pouvait choisir plus mauvaise période. En 1978, Lamborghini, en grande difficulté, fait feu de tout bois pour survivre. La firme au taureau convertit des 127 en baroudeuse pour Fiat et répond en vain à l’appel d’offre de l’armée américaine pour un futur 4×4 (la proposition italienne, écartée au profit du Humvee, deviendra le LM002 dans le civil). Surtout, l’usine fonde beaucoup d’espoirs dans la sous-traitance des BMW M1. Malheureusement, BMW, excédé par l’inertie de son partenaire italien, rompt le contrat, ce qui provoque la chute de Lamborghini. Mise sous contrôle judiciaire, la firme tente de revenir dans le jeu et présente la Faena sur son stand au salon de Genève de 1980. La même année, à Turin, Pininfarina présente une berline sur base Ferrari, la Pinin. Enzo se montre intéressé. L’avenir des divas italiennes passe-t-il par la berline de sport ? Peine perdu ! Lamborghini fait faillite pour de bon en cette même année 1980 quand Ferrari renonce prudemment à un projet qui l’aurait mis en concurrence défavorable avec les spécialistes de la voiture de luxe.

faena_lambo_motors_ag

La Lamborghini Faena va rester unique et compter parmi les ultimes réalisations de Pietro Frua, qui décède en 1983. La Faena est vendue dès 1980 à un concessionnaire Lamborghini de Basle, Lambo-Motors AG, qui la revend à son tour à un collectionneur allemand qui la possède toujours. Unique au monde mais pas si intouchable que ça, la Faena montre régulièrement le bout de son nez d’espadon dans des concours d’élégance et autres rassemblements. Des vidéos nous la montrent en mouvement, comme autant de pieds de nez à son histoire contrariée.

A défaut d’avoir marqué les annales du design automobile, l’auto possède un indéniable attrait exotique. On rêve de la comparer à l’Aston Martin Lagonda, à la Monteverdi 375/4 et bien sûr à la Ferrari Pinin qui vient d’être rendue fonctionnelle 36 ans après sa sortie ! A défaut, les amateurs de bizarreries pourront se procurer le très beau modèle réduit au 1/43e sorti par Kess en 2016.

81949

Quant à Lamborghini, après moult turpitudes, la société a enfin trouvé la stabilité financière qui lui manquait au sein du groupe Volkswagen. Alors que la marque semblait condamnée à ne vivre que sur l’héritage de la Countach, Lamborghini a renoué avec la berline avec le prototype Estoque,  présenté au Mondial de 2008. Le projet a malheureusement été gelé puis carrément annulé courant 2009. La berline Bugatti Galibier subit le même sort, en 2013. Volkswagen a t-il fait comprendre à ses filiales qu’il y avait déjà trop de quatres portes de luxe au sein du groupe ou doit-on plutôt y voir une réorientation en faveur des SUV ? Ce n’est en tous cas pas demain que l’on verra rouler la première berline Lamborghini de série !

10-02-08-02-Lamborghini-Estoque

Quand ça veut pas, ça veut pas !

lamborghini_faena_concept_by_frua_8

Laurent Berreterot

INTOUCHABLE !

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Catégories