18 June 2018

La vie est trop courte pour rouler dans une voiture fade
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Cela fait vingt ans, mine de rien, que Peugeot a présenté la 406 coupé. L’auto a rencontré un succès tel que l’on s’est rapidement lassé de s’extasier devant sa beauté. Aujourd’hui, avec le recul, ce succès met cruellement en exergue l’absence de modèle d’image chez Peugeot ainsi que le manque de persévérance de la marque sur les marchés de niche.  

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Cela surprendra sans doute les moins de vingt ans, mais Peugeot est une marque qui m’a fait rêvé dans mes jeunes années. La 205 GTI, dont j’avais le dépliant punaisé dans ma chambre d’ado et qui a été récemment élue meilleure compacte sportive de tous les temps, y est surement pour quelque chose. Fatalement, quand le coupé 406 est sorti, j’ai fait partie des fans de la première heure. Pensez-donc, 15 ans après l’arrêt de la superbe 504 coupé, Peugeot couronnait à nouveau sa gamme par un dérivé haute couture signé Pininfarina. Une voiture française belle comme une Ferrari mais vendue au prix d’une Peugeot, ça ne pouvait faire que sensation.

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Je me souviens de l’exemplaire trônant sur le stand Peugeot au Mondial 1996. Il était bleu Riviera (sans doute un clin d’œil au concept-car éponyme de 1971) avec l’intérieur cuir abricot. Les tailleurs des hôtesses, plus habillés que les robes léopard de chez Jaguar, étaient de la même couleur que la voiture. La presse, y compris le très snob Automobiles Classiques, célébra unanimement la beauté de ce coupé, mais cette beauté, comme l’a écrit un observateur à l’époque, “frisait l’ennui“. Peugeot avait déjà commencé à perdre ce grain de folie qui avait dépoussiéré son image à l’époque des GTI et autres Mi16. Les moteurs n’étaient clairement pas à la hauteur de la ligne. Le 4 cylindres 2 litres de base ne servait qu’à offrir un prix d’accès et l’onctueux V6 3 litres, tant attendu après vingt ans de PRV, déçut par son manque de caractère. Et encore, la première version de 194 ch était plus vivante au volant que la seconde de 207 ch, plus coupleuse à bas régime mais aussi plus aseptisée.

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On attendait un coupé 406 vitaminé pour l’image, pourquoi pas la version Venturi évoquée par notre confrère de Boîtier Rouge ou l’évolution 3,2l du V6 qui a couru au Mans sur les barquettes Pescarolo-Courage. Peugeot a préféré la raison du diésel pour faire du volume. A partir de 2001, la version 2,2l HDI de 136 ch a certes efficacement soutenu les ventes, mais aux yeux des passionnés c’était la trahison de trop. Je vous renvoie à l’éditorial désopilé de Sport Auto à l’époque. Les trop nombreux exemplaires peints en gris métal – l’insupportable couleur du politiquement correct – ont achevé le travail de démystification qu’aucun placement-produit inspiré n’a pu compenser. Au rayon culture populaire, on ne compte qu’une course-poursuite sur les Champs-Elysées avec Gérard Lanvin au volant. A revoir dans Le Boulet (2002), navet au demeurant parfaitement oubliable quoique plus digeste que le pathétique Taxi.

J’ai donc très vite oublié la 406 coupé et mon rêve d’ado semblait devoir connaître le même processus de dégradation sociale que bien des coupés de grande diffusion. Voyez ce qu’est devenu l’Opel Calibra, qui avait aussi fait sensation avec son Cx record avant de tomber complètement en désuétude. Et bien, il n’en est rien. Mieux, j’ai même acheté une 406 coupé. Une bleu Riviera, comme celle du salon parisien d’il y a vingt ans. Une V6, cela va sans dire, en boîte manuelle. Pourquoi ?

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D’abord parce qu’esthétiquement, et c’est presque un lieu commun de le dire, Peugeot n’a jamais fait mieux. On a peine à croire que ce coupé, dessiné par un certain Davide Arcangeli, a plus de vingt ans. Il fait partie de ces réussites totales qui ne supportent ni accessoire (oubliez l’aileron “décoratif”) ni restylage (celui de 2004 l’a bien montré). Mis à part les petites roues de 16 pouces (15 pour les 4 cylindres) ou les feux en amende typés années 90, le temps n’a eu que peu de prise sur cette voiture. On la compare toujours à la Ferrari 456 bien que le profil subtilement ondulant me fasse davantage penser à une Aston Martin DB7. Quant au bleu Riviera, je le trouve bien moins daté que le bleu Byzance plus répandu. Il ressemble beaucoup à une teinte proposée à la même époque chez Ferrari ou à celle de la Bugatti Atlantic de la collection Mullin, une des plus désirables jamais proposées sur une automobile.

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A l’intérieur, c’est évidemment plus problématique puisqu’on se retrouve quasiment au volant d’un vieux taxi G7. Le primitif “ordinateur de bord” fait sourire et l’auto fait partie des toutes dernières équipées d’un lecteur de cassette. Cependant, le fait que la planche de bord provienne de la berline 406 ne me gêne pas outre mesure. Personne n’a jamais reproché à une M3 E46 sa gémellité intérieure avec une 320d. Et puis, pour ceux qui s’y connaissent un peu en design, le cockpit de la 406 est le dernier créé sous la direction de Paul Bracq dont on connait la prestigieuse carrière. Ses formes douces et organiques ont-elles quelque chose à envier au design façon cocotte en papier des intérieurs contemporains ?

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Une telle réussite ne sera malheureusement pas renouvelée. Y compris par Arcangeli qui, après Pininfarina, passera sous la direction de Chris Bangle chez BMW où il dessinera la controversée série 5 E60. Il décèdera prématurément en 2004. Chez Peugeot, la 407 coupé présentée en 2005 ne doit plus rien à Pininfarina mais tout au bureau de style interne dirigé par Gérard Welter. Il inaugure un style plus mastoc et agressif, à la limite de la caricature. Si l’auto est loin d’être laide, elle est loin d’être subtile avec sa gueule atrophiée et ses ouïes de requin bien ridicules compte tenu des performances inférieures à celles de la 406.

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La politique du tout-diésel, la prise de poids sur toute la gamme et le désintérêt pour les versions sportives (quand Renault persévère avec ses RS) auront un impact dévastateur pour l’image de la marque au lion. Pour Jeremy Clarkson, Peugeot remplace Rover en tant que marque favorite des vieux obtus sans goût ni passion pour l’automobile alors que Renault tient la cote outre-Manche avec ses hot hatchbacks.

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A la décharge de la 407, il y avait quand même deux V6 de disponibles, en essence comme en diésel, à son lancement. Aujourd’hui, ce type d’architecture mécanique prestigieuse est en voie d’instinction chez les constructeurs généralistes et le sera sans doute après-demain chez les spécialistes du haut de gamme. La chasse aux émissions de CO2 décrétée par les khmers verts a eu raison de nos paradigmes issus des Trente Glorieuses, quand il n’y avait rien de mieux que les centimètres cube. Comme motorisation de pointe, Peugeot n’offre aujourd’hui qu’un 4 cylindres 1,6l turbo, certes très puissant, mais dont la sonorité demeure quelconque malgré les artifices de l’échappement. Et ce ne sont pas les ridicules bruitages de V6 proposés par l’ordinateur de bord qui vont réenchanter l’automobile française. Cela donne tout son attrait de fruit défendu au V6 Peugeot, qui en dépit d’un incontestable manque de brio à bas régime est capable de belles envolées stridentes passés les 4000 tours/minutes.

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Nous vivons des temps bien tristes de serrage de ceinture où les modèles de niche désertent les catalogues. Peugeot ne fait par exception puisque le coupé 406 n’a pas aujourd’hui de descendant. Le concept SR1 de 2010 qui laissait présager un coupé 508, a fait les frais de la grave crise traversée par le groupe depuis 2008. Même constat pour le RCZ, une petit folie très inhabituelle dans la culture Peugeot et qui n’aura pas de lendemain. Priorité aux SUV rémunérateurs ! Les GTI sont certes de retour, et pas seulement en tant que niveau de finition, mais sous des silhouettes de grande diffusion complètement banales. Les coupés et cabriolets, chez Peugeot, sont des danseuses qui s’évanouissent à la première difficulté économique, l’entreprise n’ayant sans doute pas les reins assez solides pour assurer la continuité de leur lignée.

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Il en est de même pour la collaboration avec Pininfarina, morte avec la 406 coupé et victime d’une tendance globale au rapatriement des sous-traitances. Les chasseurs de coût sont passés par là. Ce fut un coup très dur porté à l’indépendance et au prestige de la carrosserie italienne. Bertone n’y a pas survécu, Giugiaro ne doit son salut qu’à son absorption par VW. Quant à Pininfarina, propriété indienne depuis 2015, il survit en dessinant des voitures électriques, des appartements ou des aspirateurs. La Bluecar Bolloré, quelle déchéance comparée à ma Bluecar à moi !

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Pour toutes ces raisons, la 406 coupé mérite d’être réhabilitée et utilisée régulièrement. Loin d’être la Fuego de Peugeot, du moins en 3 litres, elle offre une ligne qui a fait date, un des plus grands noms du design européen, l’exclusivité d’un moteur V6 à essence et une boîte mécanique pour le faire chanter. Le tout avec un grand coffre, de la place pour une petite famille et un budget d’achat raisonnable qui compensera l’appétit du V6.

Même dans sa prétentieuse branche DS, le groupe PSA ne propose plus rien de comparable actuellement. Vraiment, je doute que mes enfants ou les vôtres affichent un jour une Peugeot dans leur chambre.

Laurent Berreterot

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